l’inventaire du territoire
meubles et vêtements
un accès

l’oubli du présent

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on m’a donné un nom
une promesse d’être
on m’a montré la dérision
pour tendre vers le commun rêve
celui qui permet de dormir dans l’éveil
de marcher sur la même route qu’un autre

atteindre le point aveugle

Monsieur Thomas M.

Il était onze heures du soir
un mardi

au dernier étage
tapis velour d’acajou
murs sarcelle

il y buvait son whisky
manches de chemises tournées

son nom
Thomas M.
grandeur moyenne cheveux bruns
disparu un mercredi matin

––

mercredi matin
fenêtre entrouverte
la rue dans le salon

des dires du voisinage

tapis odorant et une verre vide
souliers oxford à la porte
patère sans manteau
clés sur le sofa

T. M. avait manqué à sa routine
un appel irrégulier
le lendemain n’avait plus de place

il est parti

––

la lueur des lampadaires fuyaient sous les portes
veilleuses du couloir
à l’étage quatre

face au nord
mène à la cours
un vieux escalier en fer
qui couvre les pas

devant l’appartement quarante et un
T. M. et une adresse sans photo
blanche de description
direction est

––

murs noirs
aucune silhouette le suivait
il avançait à tâtons
faisait que faire

c’était au mois de mars
première fois
Thomas M. inscrit sur un dossier
un suivit mensuel depuis

le voisinage savait
l’entendait les soirs d’été
sortir du côté nord
tourner à droite

––

Nom du patient :  Thomas M.

Ouverture du dossier : 4 mars 1925

M. Thomas est entré confus, ne sachant pas ce qui s’est produit les nuits dernières. Hier matin, il aurait retrouvé sa montre et sa cravate dans l’escalier menant à l’arrière de la bâtisse, déposés sur la rampe. Aucun de ses voisins ne l’a vu ni entendu, sinon personne n’est venu témoigner.

Après chaque « épisode », M. Thomas affirme toujours se réveiller en habit, sur son sofa, sans pouvoir se rappeler de la soirée précédente. Il a aussi remarqué, à quelques reprises, que certains meubles ont été déplacés.

Date de consultation : 11 mars 1925

––

des conversions perdues dans les alentours
tintements de verres
rires de fin de soirée
seuls répondaient ses pas
par leur muette recherche

depuis 1920
la suite proche de Thomas M. n’apparaissait plus
il se percutait alors au vide journalier

appartement quarante et un
personne n’entrait ni ne cognait
son adresse faisait figure d’un placard

dernier de son étage
nul n’avait déjà vu ses gestes
ou entendu sa voix

ce n’est qu’une fois
sa porte restée ouverte
on va voulu l’appeler

––

ils savent seulement le cas de Thomas M.
son lieu
son visage d’inconnu

sa montre laissée sur la rampe d’escalier
clés sur le sofa

des scénarios ont été proposé
mais pendus au matin

le vide s’étendait

––

il a tourné le dos à la permanence
ils ont attendu jusqu’au lendemain
ont déclaré le non retour

c’était un jeudi

––

j’ai cueilli M. Thomas
un mardi après-midi dans l’autobus

il m’est apparu
assis devant moi
ses yeux m’ont raconté l’ennui