Sans yeux ni mains

La porte s’ouvre, et les rideaux s’animent. Des trainées de poussières s’étaient accumulées sur le plancher. Sous la fenêtre ouverte elles se trouvent, et entamment leur danse à son arrivée. Et Elle, elle n’est qu’une ombre transparente, qu’une présence hors champs. Elle se fait sans echo dans un étendu sans horizon. Elle se retrouve toujours dans la même pièce, au même bureau, et elle s’assoit à son tabouret devant l’écran de sa fenêtre.
Des vapeurs terreuses s’émanent d’un litre noir se versant peu à peu dans une tasse. Un millier de millilitres disparaissant avant quatorze heures ; heure avant laquelle chaque gorgée découvre des cernes, des cercles ocre clair sur les piles blanches de ses journaux non daté. Et il y a ces feuilles empilées près de sa chandelle, certaines frisent, se froissent dans les replis de leurs jours ; trop pleines de taches permanentes des intempérés qui les imbibent de mots griffonés. Et Elle, elle se perd dans ces pages sans numéro qui se confondent entre elles, mais la berçe de confusion. Et elle en fuit chaque évocation de ses écrits par ses pensées en noeuds, en leur fermant la porte au nez, voulant que la visite de ses songes se fasse unique.
Sa peau se plisse tel un ballon qui se dégonfle et se tord dans ses plis caoutchouteux. Ses mains se font lentes et raides, ses reflets dans la vitre comme un mirage ; elle les observe sans les reconnaitre, comme s’ils se trouvaient derrière une vitrine d’objets usagés — ils sont hors d’atteinte et saturés de fatigue. Plus elle les regarde et tente de saisir leur histoire ensevelit, plus elles se perdent dans le décor et s’y fondent en s’y camoufflant. Elle en perd la trace de traits reconnaissables, et ses yeux cèdent aux regard rêveur du ciel. Elle s’y glisse, s’envole ; boulet du présent déguisé en pensées.

*

Elle se défile tel un paysage que l’on observe par la fenêtre d’un train en marche. Elle se fond en une masse gris chromatique, et se faufille derrière les regards pour plonger dans la fosse de l’oubli.
Elle n’a plus de perspective de son espace, n’en distingue plus les couleurs. Sa pièce, sa maison, semble se façonner au fur et à mesure qu’elle prend contact avec certains éléments qui s’y trouvent. D’autres semblent disparaître lorsqu’elle se détourne d’eux — comme nous, pousses de ses envies vite dissipées. Rien n’atteint des dimensions réelles ; les meubles et objets se limitent à des mots, à des images laissées dans une boîte à souvenirs. Tout ce qu’elle connaît est archivé, et la requête d’un dossier se fait sans employé. Toute reconstitution est trouée et se fait lente ; elle doit se faire d’un collage de possessions. Faire la cuisine à l’aide de restes comme ingrédients phares.

En reflet du monde qui se couvre, elle s’évapore de son sommeil comme la rosée apparaît de la nuit. Elle s’échappe des plis de ses draps jusqu’à s’éviter, elle et sa chaleur tiède ; elle file par la porte patio avant que la rue devienne fourmillière, avant que les regards puissent trouver le sien. Elle se faufille entre les murmures des arbres avant que les mots et les bruits ne lui parviennent sous sa porte ou ne s’infiltrent par sa fenêtre. Elle rejoint le silence dans le champs anonyme des rendez-vous masqués.
Elle se fait feuille de papier ; aussi blême et plate comme le dessin d’une lune. Elle se glisse entre deux heures sans se poser sur une, elle flotte dans l’intemporel.
Elle est tachée par ses nuits aveugles et nues de sentier à emprunter, les songes noirs encre caillée. Elle s’y balade yeux fermés, les rêves sans électricité, sans pouvoir tâter de ses sens ce qui pourrait se trouver près, sans pouvoir reconnaître ce qui pourrait lui être familier. Et ses soirs, ils s’écoulent dans un puit, endormi au creux d’une réalité sans conte ; là où les étoiles ne sont que des gouttes d’une bruine reluisant le clair de lune entre deux pierres.

*

Nous sommes dix huit plants depuis plusieurs nuits, et plusieurs ont été remplacés ou déplacés, replantés ou divisés. Mais chacun possède son contenant de terreau pauvre ; qu’un maigre espoir de survivre de son origine patiente. Nous avons tous la tête verte sauf Elle — elle qui m’a adoptée un jour bleu marbré de gris. C’était au marché, un matin fleurit, d’une caisse de carton étiquetée « Peperomia Pixie 4,95$ chacune », elle me choisit. L’air se faisait justement humide, le plafond était toujours jaune de lumière et tous — les autres provenant de différents caisses et pots — s’épanouissaient comme un chien sans laisse au parc.
Mes fibres brûlent, se déshydratent de leur oxygène consumées par la négligeance qu’Elle entretient sans intention. Sans yeux ni main, rien de mon pot ne parvient à l’accrocher, à lui faire signe. Pas même mes feuilles fondues mozzarella n’attirent attention. Pas même les autres qui, sous le même dôme sans variation, semblent se courber sous leur poids ; leurs forces s’affaissant sous la touffeur estivale.

*

Il pleut à moins d’un mètre, une douche d’eau froide d’un cabinet hors porté. À la fenêtre, des gouttes rebondissent sur le rebord et je ne peux que rester là à regarder, devant le moustiquaire, la vitre, cette averse vitale. Et Elle, elle doit flotter dans sa propre douche sans porte sans parapluie ; quelque part sur l’une des pages d’un atlas sans index. Plaçant un pas devant l’autre, calculé au compas, traçé sans plan.
Elle s’avance sans se voir fondre sur le trottoir, sous le soleil, devant les bancs de parc, entre deux éclaircies ; elle continue sans voir ses côtes franches s’approcher du précipice de l’invalidité. Son front traîne ses motivations illusoires et ses restes.
Elle s’avance dans un couloir cachant ses prochaines postures et limitations, une allée nue et aveugle d’issue. Mais ses pas se font solitaires et sans echo pour l’instant.

*

Elle soupire, ses épaules se crispent. Ses jambes se croisent et ses yeux se ferment. Elle est ailleurs, écorchée par le ricochet d’un trouble rêve. Et nous, encore ici, la tête pendante comme un enfant qui somnole en voiture, tentons d’éteindre ses étoiles, de décoller sa lune, et de rompre les mailles de sa nuit. Mais son ciel a été tricotté serré, et ses rangées s’unissent en une couverture sans coin.
Nous sommes marre verte ; nos pots disposés sur le bureau, nos feuilles se frôlent, mais sont loin d’arriver à consoler l’autre. Nous vivons sans velour, à nos dépends, dans une pièce où rien ne résonne. L’air s’épaissit d’actes manqués. Les murs sont la toile d’un spectacle d’ombres chinoises, l’histoire de nos pots de vies qui s’évanouissent ; sa chambre se fait scène d’une tragédie improvisée aux comédiens spectateurs. Et Elle en est l’engrenage, la technicienne, la marionnettiste de nous, acteurs éphémères. Nous sommes comme un vieux pantain qui s’écrase sans une deuxième paire de mains.

*


Aucun savon ne lui est efficace contre ses pelures d’orange. Sa peau se marbre en couches de saletés. Aucune brosse préserve sa perruque des chutes. Même ses doigts qui effleurent ses mèches lui troue le cuir chevelu. Penser à prendre une douche lui rappelle les corvées à cocher de sa liste corporelle ; la méthodologie de la routine d’hygiène qu’elle se devrait d’appliquer pour passer l’éponge sur ses symptômes. Mais elle en a frissons à l’idée de se dévêtir de ses chauds songes. Ce qu’elle sait : Son lit l’empoignerait si elle a l’intention de bouger.
Il n’y a pas de veste pour la garder au chaud et à l’écart des coins des meubles et situations. Il n’y a rien dans sa maison pour la protéger comme les emballages à bulles pour les objets fragiles. Elle se blesse sans toucher. Ses écchymoses fondent, des taches d’aquarelle — des stigmates. D’hier insouciant, des éclaboussures atteingnent sa peau en gouttes teintées et se déploient bourgeons printanier pour la saturer. L’épiderme plongée dans le bleu gris du bain de ses journées, elle se trempe de bleus et ses os s’en tachent. Elle est un bol bone china scène rurale qui cède aux chutes de son histoire. Et elle laisse ce bol creux comme son horaire pour aller se cacher derrière les pans de ses semaines vierges y grignotter les miettes d’hier.

Mes veines se vident par sublimation et deviennent un fleuve en saison sèche. Elles se teintent de brun comme ces algues étouffées sur les berges, sevrées de leur nouricière. Le temps ruisselle en gouttes remplissant son verre d’eau qui s’emplit d’air d’une paille tenue occupée. Elle est comme un nourrisson à la soif insatiable, mais à la faim absente. Son creux perd sa profondeur, enterrant ses envies. Nos vies s’évaporent comme la sienne, de la sienne.

*

Aucun point de suture ne tient sur elle, le temps la râpe et rouvre ses plaies. Les rebords pendent comme des langues assoiffées mettant à découvert une marrée montante ; son sang s’en écoule et se répend sur le plancher jusqu’à en inonder les pièces voisines. Il en trempe les sujets préoccupés devant leur écran. Et ce n’est qu’entre deux actes qu’ils se sont surprisent les vêtement imbibés rouge. Des murmures s’échappent du sous-sol. Certains lui parviennent en se faufilant, rampant sous sa porte de chambre. Il n’en reste que des echos de mots reliés à son armature consumée de son ignorance.
Ses cendres s’accumulent sur sa peau poreuse. Qu’une brise suffirait pour découvrir ses restes rampants, rongés par ses pensées. Elle est en balade dans un parc sans nom ni sentier, le cap perdu. 

*

Une éclaircie vibre derrière les rideaux — cela faisait des jours qu’ombre habitait la chambre — mais aucun rayon n’arriva à les traverser. Que de la bave de tissus gonfflés de lumière, un écran clair et tamisé offert pour abreuvoir sur le bureau.
Une heure semble avoir passée, il se fait plus chaud dans la serre qu’est sa pièce. Je suis pervenue à me rapprocher du blanc dehors, mais sans pleinement pouvoir m’y baigner, il reste distant. Je suis enracinée ici, dans mon pot sans vermiculite ; dans un contenant de terre qui s’aère, s’allège. Je suis déposée sur une soucoupe hors saison accueillant les feuilles les plus fatiguées comme un cercueuil ouvert.
L’automne guètte nos failles, l’hiver non loin derrière. Ils attendent l’apparition d’un interstice pour envahir les chairs vibrantes, les nôtres.

*

J’entends le vombrissement d’une tondeuse qui éclate les têtes d’herbes. Une nouvelle coupe, l’hebdomadaire du jeudi. L’air se tempère du milieu de journée. Il y a des voix sans nom qui se perdent dans des aurevoirs sans écho. Des pas suivent et résonnent aux murs tenus sous le silence. Des éclats de conversations se suspendent entre les cris d’enfants moqueurs. Des bruits de caoutchouc frottent sur l’alsphalte sèche. Et le gazon s’est coiffé de la brise, sans mirroir. Il est trois heures, je brunis ; ses cernes se creusent. L’été me quitte, et elle est somnambule.

*

La flamme de la bougie vacille des expirations du ventilateur. Sa mèche trop longue, déshabillée d’une cire qui s’est dissipée, s’allonge, fumante, tachant de ses doigts sals de suie les murs — ces intimes confidents anonymes, des journaux intimes peints.
Le souffle des doux murmures de cette tête d’hélice me fait trembler. Il me chiffonne tel un papier de soie. Mes parts qui me sont panneaux solaires sont maintenant désaturées d’une main égarée ; mes feuilles tombent confettis. Et même s’elles sont dénudées et allégées comme un arbre feuillu en hiver, mes tiges s’inclinent à quatre-vingt-dix degrés et saluent la descente du jour. Saturées d’une terre vide.
Je suis aussi muette qu’elle est sourde et aveugle lorsqu’elle passe devant moi, déviant son attention vers un océan sans lieu ni horizon.

*

La poussière valse aux heures, suivant les comptes d’Elle lorsqu’elle se lève et quitte la pièce en echappée, les membres grinçant comme une penture raide. La porte refermée aussitôt hors piste, sa pièce blanche s’allège de ses pensées qui se soufflent sans inspirer, se tendent sans éclater. Elle s’essouffle sans s’évanouir, son coeur se débat sans se libérer.
Son ombre lui est support sans corps, et peut rappeler ces statues postées dans les parcs de villes, entre deux grattes ciels. Mais contrairement à d’autres, elle se trouve sans socle et sans vignette descriptive indiquant son nom et ses expériences ; seule sa silhouette témoigne de son histoire enterrée sous silence.
Il est huit, la tranche cime du jour d’Elle, à l’heure d’orge où les piles de papiers jaunissent du lampadaire par la fenêtre. Le vent ne bouge rien dehors, tout sommeille, fleurit tranquillement à l’écart des troubles vibrations. Et ici, le souffle du ventilateur s’est étouffé du courant rompu, laissant retomber la poussière en couches — sédiments des heures indécises. L’air se lave des particules en fête qui viennent se reposer en m’enveloppant de leur duvet gris.
Je deviens commes ces livres oubliés sur la tablette accrochée au-dessus de son bureau. Je suis part d’un meuble accessoire et mes pages sont illisibles, combles de lignes sans mot qui parle.

      *


J’ai tenté de siphonner à la paille les fruits du terreau, mais à présent plus rien ne peut en être soutiré puisqu’ils ont tous été épongé par l’air ; il n’y reste que de molles fibres endormies.
Les heures prochaines s’annoncent de plus en plus minces. Et je ne fais qu’attendre qu’elles s’écroulent pour m’enterrer.

*

Piscine désertée. Je suis un marécage qui n’a plus d’eau. Un pot inerte parmi d’autres à la fenêtre ; l’eau a coulé.
Qu’une fois le sous plat s’est empli d’eau ; le pot s’y baignait et s’en est absorbé. D’un contenant qui se fait terre d’argile, buveur comme le sol sablonneux, et il ne s’était réservé que du nécessaire momentané. Le surplus s’était enfui par la fenêtre.

*

Son corps s’affiche cage d’oiseau ; une boîte sans couvercle, un jour sans nuit. Elle est sans refuge ni parapluie.
Elle n’est plus ; n’est rien.

*

D’une nuit, une nouvelle main en sorti avec l’intention de nous réanimer.
Nos corps ont été submergé, mais que de la mousse blanche s’est tissée ; de vers naissants qui s’y sont mêlés.

*

Des oeufs ont éclos de ces fruits qui ont été transporté jusque dans ces pots. Ils ont mûris plus rapidement que prévu, ont donné vie de leur fermentation peut être qu’Elle les avaient simplement rejeté. De petites taches noires se sont dilatées, se sont envolées en mouches bourdonnantes. Elles me survolaient, se déposaient sur moi pour téter mes cellules mortes et poussiéreuses.
Je ne suis plus ; il ne reste qu’un pot de terre compostée de mes feuilles. La lumière l’accompagne à ses heures.

Jardin

Tu lui a offert un jardin
à lui
à ton grand-père
lequel t’a vu grandir

il y a marché
la tête vers le ciel
sans voir les pivoines
sans entendre les herbes en fête
au printemps

il t’a regardé
te demandant ce qu’il y faisait
dans ce jardin

lui qui te cueillais des pivoines
les roses fushia
lorsqu’elles pendaient
leurs pétales en éventail
trop lourds pour se supporter

tu as offert un jardin à un alzheimer
pour te souvenir
pour te supporter

Enveloppé

Tu n’as même pas ouvert les enveloppes. Tu les as mises en veilleuse, mes lettres, mes bisous. Tu les as encadrées. Tu les as mises sur ton bureau en attendant ce quoi que je ne saurais te dire mais ça tu dois déjà le savoir puisqu’elle t’a sans doute averti de ne pas les ouvrir. Elle t’a pointé, toi et ton passé, comme s’il habitait avec vous deux, comme si lui et toi veniez de faire une gaffe de laquelle vous vouliez vous lavez en pointant l’autre.

Ça fait au moins cinq ans, je le sais. Tu en as vu passer des soupers de famille avec différentes filles, tu en as vu passer des crises de jalousie au restaurant, et moi pendant ce temps là je te revoyais les coudes sur la table pendant que tu mangeais le pâté chinois de ma mère ou je t’imaginais me chuchoter des douceurs quand la télévision du voisin me rendait cinglée.

Des fois je me demande s’il en aurait été de même si on se serait pas rencontré, si la fois que j’ai pris le train au mois de mai j’avais décidé de faire autre chose et de ne pas t’avoir regardé monter dans le wagon et t’asseoir près de moi. Je me souviens de quand je suis descendue à la gare Sauvé, je prenais mon temps pour me rendre à mon auto et toi, sans t’avoir remarqué, tu étais déjà rendu dans la tienne. Tu t’es approché de moi et t’a baissé ta fenêtre. Il faisait beau et tu m’as demandé ce que j’allais faire de mon après-midi, je t’ai répondu pas grand chose, que je retournais chez moi avant un souper de famille. T’avais l’air déçu parce que tu m’as dit que t’aurais aimé qu’on aille prendre une bière ensemble, tu m’as dit m’avoir vu te regarder et t’as pensé que tu m’intéressais. Je me suis excusée et je t’ai donné mon numéro, mais pas mon nom.

Tu ne m’as jamais rappelée, mais on s’est recroisé par miracle tu m’as dit. C’était à la gare centrale, deux mois après la gare Sauvé. Ça sentait le bagel grillé et t’en as profité pour m’en proposer un. Je t’ai dit que tu avais de la chance puisque j’avais prévu manger, mais pas en famille. On s’est trouvé un café avec ces chaises fer forgé, plancher céramique à damier pour se promettre du temps à parler. Après nos commandes – ton sandwich salade au thon et mon bagel fromage cheddar et jambon fumé – tu m’as raconté tes faiblesses culinaires pour te justifier de ta présence à la gare, à laquelle tu venais quotidiennement après ton cours de spinning ou de yoga dépendant ton humeur matinale. On a jasé jusqu’au dernier train ; je t’ai fait paysage de mes derniers rêves qui me sont réapparus après leur sabbatique et de mes derniers jours passés à chercher un livre dont je ne connais pas le titre. Tu as souris. À la fin, avant nos aurevoirs sans lendemain, j’ai fondu comme le fromage de mon bagel ; j’avais peur que ce miracle en soit vraiment un.

C’est ce jour là, un mardi, que tu m’as révélé ton nom : Julien. Ça sonnait comme l’été quand tu me l’as dit, il s’est mit à faire soleil à l’intérieur des bâtiments de béton. Et je ne sais pas si c’est d’un lien fait à partir d’un film ou d’une photo de tes souvenirs, mais tu as pensé que je m’appelais Camille à cause de mes cheveux blonds et mes grands yeux d’enfant. Quand tu as su que je n’étais pas une Camille, mais une Clémence tu m’as dit c’est proche, je le savais que tu te trouvais dans la gamme des prénoms commençant par C.

La semaine

ralentissement
sans nom
sans description

mais tout journalier le connaît

c’est lui qui survient toujours à l’heure qu’on arrive
dans le corridor des cinq minutes entre deux trains
pour partir

c’est lui qui dure sans durer
qui préfère nous faire surprise de son séjour sur la ligne verte ou orange

c’est lui qui entraîne l’étalement des options pour s’enfuir de l’île
mais qui préfère s’enfuir à l’instant où l’on le quitte

c’est lui qui marque nos retards à nos rendez-vous
qui s’invite comme une mouche sur nos repas pris sur terrasse

c’est lui qui dort les fins de semaine
qui nous manque jamais
et que l’on voudrait qu’il hiberne toute l’année

Peau d’hier

Du grand écart à la split, le sexe rampant sur le plancher de danse, son bassin basculait de l’avant vers l’arrière. Ses mains glissaient, dessinaient des cercles, et celles des autres dans leur chemise à fleurs tranchaient l’air selon la mesure de la macarena.

Elle prenait ses dimanches à faire son ménage qui se chorégraphiait sur des chansons kitch des années 1990. Et les soirs de semaine, ils étaient occasions de sortir dans les clubs de danse sociale du troisième âge pour montrer ses nouveaux pas signature. Mais personne ne la remarquait dans son corset dentelle noir vintage accessoirisé de plumes.

Personne depuis les vingt dernières années ne lui a dit qu’elle était douée pour attirer les regards ou qu’elle avait la souplesse et le sex-appeal d’une danseuse burlesque. Seuls quelques messieurs lavés de leur union, assez aventureux pour s’être promener jusque dans sa chambre, ont remarqué ses photos argentiques ; elle, sous les projecteurs, qui dévoilait sa silhouette sablier dans l’entre feutré d’un cabaret.

Ici s’est enfui

Quand les préoccupations nous enlèvent et qu’il y a rien.

 

H2J 1X2

vivarium

en ces heures vide-poches
que des pages sans voix

dérobées en silence

ils

leurs yeux sont en balade

sur les titres plastiques

ils ne sont sans l’autre

qui pense peut-être
sont l’autre sans être
résonnent sans écho

ils

s’égrainent au-dessus de céramique en couleurs
avec des mains sans refrain ni rythme
des miettes de leurs habitudes portant un gilet pare balles
ils mastiquent sans goûter
ils s’accrochent au vide laminé

leurs pupilles comme de l’huile dans de l’eau
deux taches qui fuient celles des autres

ils abandonnent la chair pour l’usine
pullulent en têtes sans adresse
dans une boîte
aux lettres sans destination


ils portent leurs gants
multicolores
sous l’artificiel soleil

ils sont gris chromatique
du voisin
voisin
voie saine?
voisine
du voisin

ils sont moutures dans un tupperware

ils fermentent

avant rien

30 décembre

Il fait clair matin et le tapis me chatouille les pieds de ses paillettes couleur gâteau de fête. Il a gardé les confettis, et le chat aussi. La table est blanche, cernées de vin rouge. Mes mains sont sales. La nuit a essuyé la veille à la débarbouillette sèche.


Un rouleau suisse de neige, de sel et de gravier s’étale à l’entrée de l’espace stationnement. Je regarde autour et les gens peletent alors qu’il tombe un banc de neige ; c’est comme si l’on creusait pendant qu’on se fait enterrer. Mais l’heure approche. Il faut manger le rouleau suisse à coups de pelle pour partir, sinon on s’y retrouve à la petite cuillère pendant qu’un igloo enveloppe l’auto.