Peau d’hier

Du grand écart à la split, le sexe rampant sur le plancher de danse, son bassin basculait de l’avant vers l’arrière. Ses mains glissaient, dessinaient des cercles, et celles des autres dans leur chemise à fleurs tranchaient l’air selon la mesure de la macarena.

Elle prenait ses dimanches à faire son ménage qui se chorégraphiait sur des chansons kitch des années 1990. Et les soirs de semaine, ils étaient occasions de sortir dans les clubs de danse sociale du troisième âge pour montrer ses nouveaux pas signature. Mais personne ne la remarquait dans son corset dentelle noir vintage accessoirisé de plumes.

Personne depuis les vingt dernières années ne lui a dit qu’elle était douée pour attirer les regards ou qu’elle avait la souplesse et le sex-appeal d’une danseuse burlesque. Seuls quelques messieurs lavés de leur union, assez aventureux pour s’être promener jusque dans sa chambre, ont remarqué ses photos argentiques ; elle, sous les projecteurs, qui dévoilait sa silhouette sablier dans l’entre feutré d’un cabaret.