Jardin

Tu lui a offert un jardin
à lui
à ton grand-père
lequel t’a vu grandir

il y a marché
la tête vers le ciel
sans voir les pivoines
sans entendre les herbes en fête
au printemps

il t’a regardé
te demandant ce qu’il y faisait
dans ce jardin

lui qui te cueillais des pivoines
les roses fushia
lorsqu’elles pendaient
leurs pétales en éventail
trop lourds pour se supporter

tu as offert un jardin à un alzheimer
pour te souvenir
pour te supporter

Peau d’hier

Du grand écart à la split, le sexe rampant sur le plancher de danse, son bassin basculait de l’avant vers l’arrière. Ses mains glissaient, dessinaient des cercles, et celles des autres dans leur chemise à fleurs tranchaient l’air selon la mesure de la macarena.

Elle prenait ses dimanches à faire son ménage qui se chorégraphiait sur des chansons kitch des années 1990. Et les soirs de semaine, ils étaient occasions de sortir dans les clubs de danse sociale du troisième âge pour montrer ses nouveaux pas signature. Mais personne ne la remarquait dans son corset dentelle noir vintage accessoirisé de plumes.

Personne depuis les vingt dernières années ne lui a dit qu’elle était douée pour attirer les regards ou qu’elle avait la souplesse et le sex-appeal d’une danseuse burlesque. Seuls quelques messieurs lavés de leur union, assez aventureux pour s’être promener jusque dans sa chambre, ont remarqué ses photos argentiques ; elle, sous les projecteurs, qui dévoilait sa silhouette sablier dans l’entre feutré d’un cabaret.